Protection, genre et inclusion dans les Caraïbes
Une catastrophe n’est jamais “neutre”. Derrière les dégâts matériels, il y a des réalités humaines souvent invisibles. Lors de l’éruption de la Soufrière à Saint-Vincent-et-les-Grenadines en 2021, 40 % de la population a été déplacée. Dans les abris, on retrouvait majoritairement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Pourtant, près de 9 refuges sur 10 n’enregistraient pas les femmes séparément de leur partenaire masculin.
Dans les Caraïbes, que ce soit après une tempête, une éruption volcanique ou un séisme, les inégalités existantes s’amplifient. Après l’ouragan Maria en Dominique, 61 % des personnes encore hébergées dans des abris trois mois plus tard présentaient au moins une vulnérabilité : âge avancé, maladie chronique ou ménage dirigé par une femme.
Les chiffres sont clairs : le genre, l’âge, le handicap ou la situation sociale influencent directement la manière dont on vit une crise… et dont on s’en relève.
La PGI au coeur des engagements de la Croix-Rouge française
La Croix-Rouge française intègre l’approche « Protection, Genre et Inclusion » (PGI) dans l’ensemble de ses actions.
L’approche PGI repose sur trois piliers complémentaires :
- La protection, c’est prévenir les violences et veiller à ce que chacun soit en sécurité à l’abri des dangers;
- Le genre et la diversité, c’est reconnaître que nous n’avons pas tous les mêmes besoins, les mêmes risques, ni les mêmes ressources et agir contre toutes formes de discrimination.
- L’inclusion c’est faire en sorte que personne ne soit mis de côté. Cela signifie associer pleinement les personnes exclues dans aux décisions et aux actions qui les concernent
Ensemble, ces trois fondements permettent d’apporter une aide juste et efficace, dont l’objectif est clair : adapter les réponses aux besoins réels et ne laisser personne de côté.
Depuis 2025, en appliquant le principe « Do no harm » (ne pas nuire), la Croix-Rouge française place la protection des personnes et le respect de leur dignité au cœur de ses interventions. À travers sa Politique Genre pour les actions internationales, elle affirme clairement que l’égalité des genres est une priorité, aussi bien dans son fonctionnement interne que dans ses actions sur le terrain.
Convaincue que les inégalités de genre aggravent la pauvreté, les crises et les situations de vulnérabilité, elle s’engage à mieux comprendre les réalités vécues par les femmes, les filles et les personnes LGBTQIA+, notamment lorsque les catastrophes ou les conflits renforcent les discriminations existantes.
En cohérence avec la politique PGI de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la Croix-Rouge française intègre progressivement des approches sensibles et transformatrices de genre dans l’ensemble de ses programmes.
Des chiffres dans le monde :
Les catastrophes touchent différemment les femmes et les hommes* Année / Événement / Proportion de victimes féminines (sinistrées)
Tsunami de 2004 – Aceh, Indonésie 77 %
Tsunami de 2004 – Tamil Nadu, Inde 73 %
Cyclone Nargis de 2008 – Myanmar 61 %
Tsunami de 2009 – Tonga et Samoa 70 %
Épidémie d’Ebola en 2014 (Sierra Leone, Libéria, Guinée) 55-60 %
Tremblement de terre au Népal en 2015 55 %
Cyclone Winston aux Fidji en 2016 50 % (92 % chez les Taukei)
Source : Cecilia Aipira – Disaster Risk Reduction Regional Advisor for Africa – UNDP @ BRACED Winter School, July 2019, Cape Town.
Comment les 3 PIRs intègrent la Protection, genre et inclusion pendant les catastrophes ?
La PGI n’est pas une action “en plus”. Elle est au cœur de la réduction des risques de catastrophes, de la préparation et de la réponse humanitaire. Intégrer la PGI, c’est reconnaître que les risques ne sont pas vécus de la même manière par toutes et tous et que mieux comprendre ces différences permet de sauver des vies, de protéger la dignité et de renforcer la résilience des communautés.
Sur le terrain, cela commence par l’écoute des communautés : femmes, personnes âgées, personnes en situation de handicap… Leurs besoins spécifiques sont identifiés et pris en compte dans la préparation et la réponse aux catastrophes.
Les équipes et volontaires sont formés pour repérer les risques de violences ou d’exclusion et agir de manière adaptée. Concrètement, cela se traduit par :
- Des plans d’urgence intégrant les enjeux PGI,
- L’analyse des cadres législatifs et normatifs, nationaux et régionaux,
- La formation des équipes d’intervention pour protéger les populations vulnérables,
- La distribution de kits d’hygiène menstruelle pour préserver la dignité des femmes et des filles,
- L’adaptation des abris d’urgence pour les rendre plus sûrs et accessibles,
- Le soutien aux associations locales qui travaillent avec les publics vulnérables, pour renforcer l’efficacité des réponses humanitaires.
La PGI à la PIRAC
À la PIRAC, nous avons fait le choix de ne pas déployer directement des actions PGI sur les territoires. Notre rôle est d’accompagner et de renforcer les Croix-Rouge locales en mettant à leur disposition notre expertise.
Ce positionnement marque une évolution importante dans les pratiques humanitaires, traditionnellement centrées sur l’intervention directe. Notre valeur ajoutée réside dans l’appui technique, le renforcement de capacités et la gestion déléguée. Nous travaillons aux côtés des acteurs locaux afin qu’ils conçoivent, pilotent et pérennisent eux-mêmes leurs projets PGI.
Entretien avec Marjorie, chargée de mission Protection, genre, inclusion à la PIRAC
Comment les traités internationaux, les lois et les politiques nationales protègent-ils, ou non, les personnes face aux discriminations et aux violences, notamment en situation de catastrophe ? C’est la question au cœur de l’analyse du cadre légal menée par Marjorie.
Pour aller plus loin…
Les engagements internationaux pour la PGI
L’approche PGI s’inscrit pleinement dans les cadres internationaux existants, tels que :
- Les Objectifs de Développement Durable (ODD) : Objectif 5 : Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles
- 1979 : La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
- 1989 : La Convention internationale relative aux droits de l’enfant
- 2019 : Les Directives sur l’inclusion des personnes en situation de handicap dans l’action humanitaire
- 2024 : Le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes et son plan d’action genre adopté en 2024 : Le Plan d’action de Sendai pour l’égalité des genres vise à accélérer les progrès vers l’égalité de genre tout en renforçant la prévention et la réduction des risques de catastrophes.
- 2025 : La COP30 a également marqué une avancée majeure avec l’adoption du Plan d’action de Belém pour l’égalité des genres. Pour la première fois, ce plan intègre explicitement les soins, la santé des femmes et la lutte contre les violences faites aux femmes.
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) a fortement contribué à contraindre les États à intégrer la dimension de genre dans leurs politiques publiques.
Ces engagements internationaux ont eu un effet en cascade : les bailleurs de fonds ont progressivement intégré des exigences liées au genre et à l’inclusion dans leurs appels à projets. Résultat : davantage d’initiatives ont vu le jour dans la région, et l’intégration du genre dans la gestion des risques de catastrophes a connu une avancée majeure ces dernières années.
Le droit peut donc être un levier puissant de transformation.
Cette action est rendue possible grâce au projet #3Océans financé par l’Agence Française de Développement (AFD). Ce projet renforce la résilience des territoires des 3 bassins océaniques face aux catastrophes et aux crises sanitaires, en intégrant les défis du changement climatique et des inégalités de genre dans toutes ses actions.
